Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Association Belfortaine d'étude et de Protection de la Nature (ABPN)
  • Association Belfortaine d'étude et de Protection de la Nature (ABPN)
  • : Association créée en 1969 et basée à Belfort (90), l'ABPN agit pour la protection et la sauvegarde de la nature et de l'environnement sur le Territoire de Belfort (90).
  • Contact

Recherche

Archives

Liens

/ / /

Quelques coléoptères remarquables

de la colline de la Miotte

 

         La colline de la Miotte bien connue des naturalistes pour sa richesse en espèces remarquables de plantes comme les orchidées, l'est beaucoup moins en ce qui concerne les insectes si l'on y exclut les papillons. Il est vrai qu'il est plus facile d'observer les papillons, insectes plutôt gros aux couleurs souvent chatoyantes, qui volent de fleurs en fleurs pour y butiner le nectar, plutôt que certains coléoptères vivant dans des milieux où la très grande majorité des personnes n'oserait pas y mettre la main, et y jetterait tout juste un regard dédaigneux.

Je veux bien sur parler de la m… ou en terme plus scientifique d'excrément ! On y trouve toute une faune d'insectes fort utiles afin de recycler cette matière somme toute naturelle, mais qui peut devenir vite encombrante. A lire pour en être convaincu l'anecdote ci -dessous arrivée en Australie.

 

L'Australie sous les excréments de bovins

 

Des bouses de vaches à perte de vue, séchées par le soleil, dures comme pierre, sous lesquelles grouillent des milliards de mouches, vecteurs de maladies et de stress pour le bétail. Des prairies où l'herbe ne pousse plus et des vaches qui continuent de tapisser le sol de douze bouses par jour. Un vrai bourbier, un cauchemar sans fin. Même dans un pays aussi vaste que l'Australie, quand un million d'hectares ¬ la surface de l'Ile-de-France ¬ disparaît sous la merde, la situation est grave. Mais pas désespérée : les éleveurs australiens sont allés chercher à Pretoria et à Montpellier des bousiers ces insectes coprophages qui se repaissent des déjections animales. En grignotant les bouses fraîches, en les dilacérant, en les enfouissant, ces auxiliaires discrets ont assuré un recyclage naturel qui a sauvé les prairies australiennes.

 

Effectivement l'introduction du bétail en Australie par les premiers colons Anglais ,puis l'accroissement ininterrompu de l'élevage de ce bétail par leurs descendants ,a aggravé un problème présent depuis le début, c'est-à-dire une mauvaise dégradation des excréments. Ceux-ci ne pouvaient pas être dégradés par les coléoptères locaux inféodés aux marsupiaux comme le kangourou, l'Australie n'abritant par ailleurs aucune espèce locale de bovin sauvage. Il a fallu ,au début des années 1970 ,introduire des coléoptères coprophages d'Europe et d'ailleurs pour un coût par tête de bétail d'un dollar par an et cela pendant une quinzaine d'années.

 

Aphodius brevisMais revenons à Belfort et soulevons quelques excréments d'animaux pour voir ce que l'on peut y trouver de remarquable. Tout d'abord ce très petit coléoptère de la famille des Aphodidae appelé Aphodius (Ammoecius) brevis trouvé le 5 avril 1976 sous un crottin presque sec de cheval dans un bosquet de ce pâturage. (Porte du Vallon)

 

Cet insecte est rare en France : 76 observations dont 23 après 1950 **. Malheureusement, il pourrait avoir disparu pour différentes raisons dont je reparlerai plus loin.

 

Aphodius (Ammoecius) brevis (Er.) Taille réelle 3,5-4,5 mm.

 

Autre coléoptère assez commun et bien plus gros que le précèdent, de la famille des Scarabaeidae, Copris lunaris, sans doute toujours présent, et observé pour la première fois le 7 mai 1975 dans son terrier sous une bouse de vache. Il est visible surtout en mai et septembre (2ème génération).

Copris lunaris

Copris lunaris (L.) Taille réelle 15-24 mm.


Ce n'est ,cette fois -ci, pas sa rareté mais son physique de ''rhinocéros'' qui en fait une bête à voir, un peu comme cette autre espèce : Onthophagus illyricus (1ère observation le 20 mai 1975 sous un crottin de cheval) pouvant être confondue avec une autre espèce d'aspect plus terne Onthophagus taurus qui porte bien son nom, mais non découverte sur la colline de la Miotte.

Onthophagus illyricus

Onthophagus illyricus (Scop.) Taille réelle 7,5-10,5 mm.


A noter que seuls les mâles ont des appendices céphaliques de ce type, la femelle de Copris lunaris n'a qu'une petite "corne", et celle de Onthophagus illyricus n'en a pas du tout !

 

La possible disparition d'Aphodius (Ammoecius) brevis sur la colline de la Miotte, et d'une manière générale la raréfaction de certains coprophages en France , peut être expliquée par différents facteurs. Le premier est évidemment un changement des pratiques d'élevages et de l'affectation des sols. Les vaches passent maintenant plus de temps à l'étable à manger des granulés qu'à brouter de l'herbe dans les pâturages. Les pâturages disparaissant du fait de l'extension des villes et villages qui grignotent les terres disponibles.

Les coprophages trouvent donc de moins en moins de matière à se mettre sous la dent et pour se reproduire, et de moins en moins longtemps au cours de l'année.

Le deuxième facteur est d'ordre sanitaire; les vermifuges utilisés depuis le début des années 1980, de la classe des ivermectines, pour traiter les animaux d'élevage (bovins, ovins, chevaux) voire les animaux domestiques représentent un danger pour la faune des coprophages. En effet, leur action entraîne soit une surmortalité, soit des problèmes de reproduction ou de développement chez certains coprophages. De plus la durée d'activité de ces vermifuges pouvant s'étaler sur 4 mois dans les excréments, ils causent des dégâts durant tout ce délai. En définitive, les excréments se dégradent moins vite que la normale ce qui est préjudiciable au pâturage des bêtes.

 

Alors, comment empêcher le déclin de certains coprophages ?

 

Sauvegarder un maximum les pâturages, y pratiquer un élevage extensif avec une présence des animaux, si possible, toute l'année (par l'emploi de races rustiques par exemple).

Utiliser des vermifuges moins dangereux que les ivermectines ( moxidectine par exemple), et de façon raisonnée.

Pour la colline de la Miotte, il est important de sauvegarder les pâturages se trouvant de chaque côté de la RN 83 à l'entrée Porte du Vallon, et surtout de les utiliser au maximum.

L'utilisation de races rustiques de vaches (exemple vaches Higlands) , moutons ou chevaux (de race Pottok) serait une solution adéquate.


higlands  Pottok.jpg
 Vache Higland
Cheval Pottok


Maintenant parlons d'autres coléoptères recycleurs vivant dans un milieu plus ragoûtant que le précédent, celui du bois mort. Je ne parlerai ici que de l'observation de la forme adulte que l'on trouve butinant le pollen des fleurs, ou cachée sur les branches, troncs ou feuilles des arbres, mais c'est évidemment la forme larvaire qui recycle le bois mort. Est concernée notamment la famille des Cerambycidae, parfois appelés Longicornes ou Capricornes.

 

L'on peut observer un certain nombre d'espèces de cette famille sur la colline de la Miotte, mais je ne m'en tiendrai qu'aux 3 espèces les plus remarquables pour l'instant, c'est-à-dire : Tetrops starkii, Exocentrus punctipennis et Chlorophorus sartor.

Tetrops starkii n'aurait rien de remarquable en soi s' il n'avait pas été, jusqu'à il y a 15-20 ans, présenté comme une simple variation d'une autre espèce commune : Tetrops praeustus. Reconnu depuis comme une espèce à part entière, on possède encore peu de données sur lui, mais on peut le trouver caché sous les feuilles de petits frênes dans le bois mort desquels il effectue son développement pour apparaître de fin mai à juin.

Tetrops

Observé la première fois le 29 mai 2003 sous le feuillage de petits frênes. Taille réelle 3-6 mm.

 

Exocentrus punctipennis, découvert le 14 juillet 1993, est un insecte rare Exocentrus punctipennis

(5 données en Franche-Comté*) car inféodé à l'orme qui a presque complètement disparu de nos contrées depuis la maladie de la graphiose. Mais ,heureusement, il reste quelques petits ormes ''souffreteux'' sur la colline de la Miotte qui abritent ce coléoptère, et qui sont à préserver du débroussaillage !

Avec une bonne vue, vous pourrez l'apercevoir sur les branchettes mortes des ormes en juin-juillet.

 

 

 

Exocentrus punctipennis Muls. Taille réelle 3,5-6 mm.

 

Chlorophorus sartorChlorophorus sartor est assez rare en Franche-Comté ( 21 données*) et il est essentiellement trouvé dans les stations thermophiles comme la Miotte. Il n'est d'ailleurs cité que d'ici pour le Territoire de Belfort. On peut l'observer surtout en juillet sur les ombellifères et les fleurs d' achillées.

 

Première observation le 1er août 1974 sur une ombelle de carotte sauvage.

 

 

 

 

  Clorophorus sartor (Müll.) Taille réelle 5-9 mm.

 

Opsilia coerulescens (33 données en Franche-Comté*) est moins rare que Chlorophorus sartor cité plus haut,mais n'en demeure pas moins localisé aux sites où sa plante hôte, la vipérine commune, est présente. On peut l'observer surtout en juin où l'espèce vole vivement d'un pied de vipérine à un autre pendant les chaudes journées ensoleillées.

Opsilia coerulescens viperine

Opsilia coerulescens (Scopoli, 1763) sur fleur de vipérine. Taille réelle 6-13 mm.                    

 
Pied de vipérine commune (Echium vulgare)

   

SOURCES :

 

Toutes les données d'observations datées sont de Claude VERPILLOT sauf celle concernant Exocentrus punctipennis faite par Armel ARTERO.

 

Les données générales de la Franche-Comté, signalées par un astérisque (*) , proviennent de l'ouvrage de Jean-Yves ROBERT, Atlas commenté des Insectes de Franche-Comté, Tome 1 – Coléoptères Cerambycidae édité par l'OPIE en 1997.

 

La donnée générale sur la France repérée par un double astérisque (**) est issue de l'ouvrage de Jean-Pierre LUMARET, Atlas des Scarabéides Laporosticti de France édité par le Secrétariat de la Faune et de la Flore en 1990.

Partager cette page

Repost 0
Published by